Contrairement à ce que l'on peut penser, le travail du paludier ne s'effectue pas uniquement pendant l'été. En effet, c'est tout au long de l'année que le paludier travaille avec ses marais salants.
| Rayage vasière |
Habillage de la saline |
Boutage des oeillets |
Récolte gros sel fleur de sel |
Travaux exceptionnels |
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| Jan | Fev | Mars | Avril | Mai | Juin | Juil | Août | Sept | Oct | Nov | Dec |
| Curage de la bondre |
Boutage adernes Pontage oeillets |
Déchargeage des oeillets |
Diaporama photos |
Roulage du sel |
Repos | ||||||
Tous les deux ans, c'est un nettoyage complet de la vasière et du cobier. Encore effectué à la main par certains paludiers, beaucoup choisissent aujourd'hui la pelleteuse pour faire ce travail harassant.
Le poissonnage est mené conjointement au rayage de la vasière : la vasière est assechée, le pelluet est découvert, l'eau reste dans les raies qui sont alors compartimentées par des "bardeaux", petits barrages de vase transversaux, ce qui permet la vidange. Lorsque la raie est asséchée, il ne reste plus qu'à récolter bars, daurades, anguilles et mulets.
Le curage de la bondre - affluent de l'étier - s'effectue en équipe lors des mortes eaux : il s'agit d'enlever la vase accumulée durant l'année précédente. Vient ensuite le curage du guivre ou guiffre, opération qui permettra d'algir la saline - vider la saline de l'eau douce tombée durant l'hiver -, suivi par une étape : le curage des tours d'eau.
L'habillage de la saline consiste à algir les fares - les vider de l'eau douce - puis à l'aide du boutoué de décoller et pousser la vase (dépôt minéral et organique) accumulée durant la dernière saison et pendant l'hiver. Le paludier égalise la vase près des ponts puis emmène l'excédent près du talus. A l'aide de sa lousse à ponter, il va ponter : mettre le cordon de vase sur le pont. A l'aide de sa boyette ou boïette (pelle) il va jeter l'excédent de vase sur le talus.
Les adernes sont de grandes pièces d'eau, c'est le stock d'eau de la journée en période de récolte. Même principe que pour les fares, le paludier va bouter la vase - pousser la vase -, aligner un cordon près du pont et emmener l'excédent près du galpont (gros pont) ou du talus s'il est à proximité. Puis il va ponter le cordon de vase qui en séchant se transformera en argile.
Tout d'abord il va falloir algir - vider - les oeillets. Le paludier, à l'aide de sa boyette ou boïette (pelle) va couper et retracer les ponts. Puis, délicatement il va ponter en prenant la vase tout autour des oeillets pour la coller sur le pont ; un jour le premier côté, l'autre côté le lendemain.
Avec son boutoué, le paludier va décoller la vase des tours et du fond des oeillets. Il va aussi peler les oeillets - racler les bosses -, pour qu'ils soient tous de niveaux.
Il faut ensuite pousser cette vase, déjà très salée, vers les galponts (gros ponts ceinturant les oeillets). Galponts qu'il va graisser en évitant de mettre trop de vase, car étant salée, elle a beaucoup de mal à sécher. L'excédent de vase est alors jeté dans le fare de décharge.
Un soir, le paludier s'aperçoit qu'il y a un peu de fleur de sel dans ses oeillets et que le sel commence à grainer. Il va donc décider le lendemain de décharger ses oeillets, un
moment stressant et intense. Il faut pomper l'eau des oeillets dans les adernes (pièces du dessus), puis à l'aide de son boutoué, il va pousser la dernière vase qui se sera décollée avec la salinité.
Il va l'emmener dans un angle de l'oeillet près du galpont, puis faire passer la vase par-dessus à l'aide de sa cesse pour la jeter dans le fare de décharge (fare jouxtant les oeillets).
L'opération se poursuit en poussant la vase à l'opposé du fare vers le pont de décharge. Elle y sera collée quelques jours après lorsqu'elle aura un peu séché.
L'argile des oeillets restera jusqu'au coucher du soleil à sécher et à durcir. Puis le soir, le paludier fera tomber l'eau des adernes pour remplir les oeillets : le sel peut enfin arriver.
Enfin le moment tant attendu : Chaque jour le paludier rythme son travail en fonction de ses oeillets. Dès le matin, il commence à récolter son gros sel.
Dans ce même temps, il doure ses oeillets : il ajoute l'eau des adernes à ses oeillets par l'intermédiaire du délivre à l'aide de son las, il rolle - décolle le sel des tours -, il trousse - pousse l'eau qui décolle les grains de l'argile - vers la ladure (petite plate-forme près des oeillets) puis il hâle - remonte - le gros sel sur la ladure pour former une belle ladurée de sel.
Chaque ladurée représente entre 50 et 80 kg de sel. Quand il a fini, le paludier coupe l'eau des adernes qui coule sur les oeillets. Maintenant sous l'action du soleil et du vent les oeillets vont travailler toute la journée.
Le paludier trouvera dans la journée un moment pour porter son sel tôt le matin, dans l'après-midi ou tard le soir. Chaque paludier rythme son travail comme il le souhaite. L'expression “porter le sel” consiste à ramasser à l'aide d'une pelle le sel récolté et à le mettre dans la brouette pour le transporter vers le tormet ou trémet (plateforme jouxtant la saline) pour y former un mulon de sel (ou tas de sel).
On dit “porter le sel” et non “roulé” car avant l'invention et l'utilisation de la roue, le sel était porté sur la tête dans une gède ou au joug (sur les épaules).
Toute la récolte de la saison sera stockée sur le tormet ou trémet. Ce travail était effectué par les femmes (la porteresse) et avait comme rémunération la fleur de sel qu'elle pouvait cueillir.
Quand les journées sont très belles avec un bon vent d'est, se forme le soir la fleur de sel. La fleur de sel est le nectar du sel. C'est le sel de table. Vers 16 ou 17 heures, se forme à la surface de l'eau comme des plaques de glace : c'est la fleur de sel. Le paludier va délicatement la récolter à l'aide d'une lousse à fleur de sel en veillant à passer dessous et à ne pas la faire couler. La fleur de sel est aussi appelée «sel blanc» ou «sel menu».
Durant toute la saison, le paludier aura travaillé en fonction de la météo. Dès la moindre pluie, le sel se dissout et tout s'arrête. Il faut attendre que l'eau douce s'évapore pour recommencer à faire du sel. 1cm de pluie et il faut attendre une semaine pour redémarrer. Vers septembre ou octobre, une grosse pluie met fin à la saison.
Les journées ne sont plus aussi longues et l'évaporation moins intense. Vient donc le roulage du sel. Le sel, stocké durant la saison sur le tormet ou trémet, est chargé dans des tracteurs pour être acheminé vers les salorges (magasin à sel). C'est ici qu'il va pouvoir continuer à sécher ou s'égoutter. Il sera ensuite trié ou tamisé afin d'être conditionné.
Le sel de Guérande est un produit entièrement naturel. Il ne possède aucune adjonction de produits chimiques. C'est pourquoi malgré un tri ou un tamisage, vous pourrez toujours retrouver des boulettes d'argile, des brins d'herbe, etc. C'est aussi ce qui garantie l'origine de notre produit.
Malgré le nettoyage annuel des fares et des adernes, il reste toujours une fine couche de vase qui, d'année en année, va s'accumuler, formant comme un mille feuilles. Le terrain a donc tendance à monter de quelques centimètres en dix ans. Il faut donc remettre les fares et les adernes de niveau. Le meilleur niveau pour le paludier est l'eau ; mais il faut choisir pour effectuer un bennage complet de la saline, une journée sans vent.
Le principe consiste - à l'aide de la boyette ou boïette (pelle) - à enlever cette couche de sédimentation, la charger dans un traîneau , le tirer près du talus et la jeter. Le paludier commence cette opération par les adernes puis par les fares de dernières eaux et enfin par les fares de premières eaux. Pour conserver le même niveau d'eau, il fait toujours couler un mince filet d'eau.
Le bennage consiste aussi à retracer, à l'aide d'un cordeau les ponts déformés par le temps. Le paludier benne environ un fare par jour. La production peut ainsi variée du simple au double.