Tous les ans, avant de reprendre le travail dans leurs propres salines début janvier, les paludiers s'affairent à reformer le réseau hydraulique du marais.
La bondre est un affluent de l'étier par laquelle l'eau de mer arrive aux vives eaux (coëfficient de 100) pour alimenter la vasière. Elle nous permet aussi d'algir - vider l'eau douce qui est tombé durant l'hiver -, aux mortes eaux, nos salines. Les salines proches des étiers ou du Traict s'algissent assez facilement, mais celles en bout de bondre se vident plus difficilement.
Au fil du temps, la bondre se charge de dépôts minéraux et organiques ne permettant plus un écoulement facile de l'eau. Aussi avant de commencer à travailler dans nos salines, nous devons curer la bondre.
Pour cela, il faut commencer à couper les brons, les choux de marais, les herbes, toute sorte de végétation, veillant à ne pas arracher les racines car elles maintiennent le talus. Cette opération est aussi nécessaire pour repérer d'éventuelles fentes dans le talus qui pourrait former des brèches et des veaux (dégats impressionnants qui affectent les fossés des salines et des vasières).
D'autre part, le fait de couper les brons et choux de marais aux rives de la bondre, permet par moyen coëfficient de prendre plus facilement de l'eau de mer, accélérant ainsi la vitesse de l'eau de mer lors de la montée.
Aujourd'hui, nous avons des débroussailleuses mais auparavant, ils utilisaient un croissant (serpe avec un manche de deux mètres) permettant de couper au fond de la bondre. Ensuite, les brons et choux de marais sont jetés sur le haut du talus, mis en tas à l'aide d'une fourche puis brà»lés quand ils seront secs au printemps.
Le lendemain, ou les quelques jours suivants (en principe le jour le plus bas des mortes eaux), les paludiers se regroupent à nouveau afin de curer le lit de la bondre. Distant de quelques mètres, en équipe de 5 à 10 personnes, nous descendons dans le fond, puis jetons de la vase sur une largeur de 80 cm et une épaisseur de 50 cm distante de 50 à 200 mètres. La fameuse équipe partant de l'aval vers l'amont fait une portion de bondre, remonte sur le talus, égalise la vase bouchant avec celle-ci les fentes dans le talus puis redescend dans le fond pour continuer le nettoyage tout en veillant à effacer ses pas derrière lui, facilitant ainsi l'écoulement de l'eau dans le lit de la bondre.
Le travail terminé, nous pouvons ouvrir soit la trappe de vasière, soit le clapet de la saline ou cui de saline afin que l'eau douce contenue dans les salines puisse rejoindre la mer. Il faudra plusieurs semaines pour la vider. Le paludier rythmera l'évacuation de l'eau de ses salines en fonction de son travail. Dès lors, l'habillage peut commencer.
Il est souvent nécessaire de curer à nouveau la bondre au mois d'avril quand nous algissons nos oeillets, car ces derniers sont au niveau le plus bas. Mais le travail est moins pénible et plus rapide.